Ontologie et métaphysique

Contact(s)

Composante :UFR Humanités

Responsable(s) :

En bref

Période : Semestre 6

Code matière : LEP6U4

Description

Détruire. Vie et destin des œuvres d’art

Que se passe-t-il lorsqu’une œuvre d’art est détruite? Voici une question qui semble ressortir à la problématique de l’iconoclasme, étymologiquement défini comme destruction des images. L’histoire de cette doctrine invite cependant à la prudence ; il convient d’en saisir les ramifications plurielles, depuis l’interdit mosaïque jusqu’à l’iconoclasme protestant, en passant par l’iconoclasme byzantin… Alain Besançon en propose même une « histoire intellectuelle » élargie, qui va « de Platon à Malévitch ». Et pourtant, toute destruction, partielle ou totale, d'œuvre d’art ne relève pas à proprement parler de l’iconoclasme. Au contraire, certaines mutilations – les grafittis en tel endroit d’une fresque, par exemple – reposent sur une sorte de croyance « magique », qui prête à l’image les qualités de l’objet qu’elle manifeste. De même que la feuille d'or d'une icône pouvait être grattée et précieusement recueillie par le fidèle, comme une relique efficace, de même certaines figures d’une fresque peuvent avoir été écorchées pour conjurer leur pouvoir. L’« iconoclasme » ne doit pas être confondu, a fortiori, avec le simple « vandalisme ». Paradoxalement, l’invention du musée et du patrimoine se fonde sur l’iconoclasme révolutionnaire. En arrachant l’œuvre à sa fonction religieuse, l’iconoclasme rend possible sa transfiguration esthétique au sein d’une véritable « religion de l’art ».

Rappelons par ailleurs que la destruction n’est pas toujours l’effet d’une volonté humaine, mais bien souvent la conséquence du temps et de l’érosion naturelle, où la belle totalité se désagrège, l’artefact se naturalise et la gloire des hommes se perd. Pour autant, il ne faudrait pas réduire la « poétique des ruines », chère à Diderot, au vague sentiment de la mélancolie et de la vanité des œuvres humaines. La sensibilité aux ruines, qui s’invente au XVIIIe siècle, porte la marque d’un bouleversement du concept d’Histoire qui dépasse de loin la déploration de notre finitude. Ce qui vaut pour l’architecture concerne-t-il les autres arts ? Les œuvres d’art se distinguent pas seulement en fonction de leurs modes de production et de publication, mais aussi en fonction de leurs modes de transmission et de survivance. À ce titre, un tableau n’existe pas de la même manière qu’un roman, ni une chorégraphie de la même manière qu’une sonate. Pour comprendre ce que « détruire » veut dire dans le champ de l’art, encore faut-il interroger la notion d’œuvre d’art et les modes d’être propres à chaque médium.

Enfin, un autre type de destruction artistique échappe au concept strict d’iconoclasme, c’est la destruction d’une œuvre par l’artiste lui-même, que ce dernier en soit ou non le producteur. Le célèbre geste d’effacement pratiqué par Rauschenberg sur un dessin de De Kooning (Erased De Kooning Drawing, 1953) donne matière à réflexion : s’agit-il encore d’un geste créateur ? Quel statut accorder aux gestes de destruction internes à la pratique artistique ? Au XVIIe siècle déjà, Poussin déclarait que Caravage était venu au monde pour « détruire la peinture » ; la création s’oppose-t-elle à la tradition au point d’en faire « table rase » ? À l’heure où le patrimoine artistique se trouve plus que jamais exposé, comment comprendre la positivité de tels gestes artistiques ? Sans prétendre faire le tour de la question, nous tâcherons d’en démêler l’écheveau et d’en mesurer le poids.

 

Volume horaire CM : 24
Volume horaire TD : 24
Crédits ECTS : 5
Diplômes intégrant cette UE :