Esthétique 2

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Composante :UFR Humanités

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Période : Semestre 4

Code matière : LEP4U5

Description

Le « génie » artistique

Subjugué par le chef-d’œuvre, le public consacre l’artiste en « génie ». « Génie » : le nom s’est aujourd’hui galvaudé. Pourtant, son ancrage historique dans la théorie de l’inspiration poétique l’enveloppe de mystère. L’artiste « génial » apparaît comme un divin possédé. De l’Antiquité à la Renaissance, l’élection du poète, puis celle de l’artiste par différence avec l’artisan, donne lieu à l’éloge paradoxal de la folie et de la mélancolie. À la fin du XVe siècle, l’humeur noire, propice au « génie » créateur, passe du diagnostic médical à l’effet de mode, ouvrant la voie aux théories physiologiques du XVIIIe siècle. L’époque des Lumières manifeste au plus haut point le problème du « génie » : idéal d’exception à l’heure de la défense de l’égalité. Au siècle suivant, les sciences s’emparent du problème et prétendent découvrir les causes du « génie » dans les traits du visage, la forme du crâne ou encore la dégénérescence… De telles « géniologies », comme les appelle Darrin McMahon, tracent le portrait clair-obscur de l’artiste en créateur ou criminel né, merveille ou monstre de la Nature. Du « génie » à l’« eugénisme », il n’y a qu’un pas, que franchit le nazisme, à la suite des théories de Galton et de Nordau. Le « génie » du peuple et de « l’artiste dictateur » se change en arme idéologique mortifère. Cette évolution catastrophique des théories du « génie » explique en partie leur déclin actuel. Pourtant, elle ne suffit pas à ruiner la quête du sens, dont est porteuse l’idée du « génie » artistique. 

         En amont, la notion renvoie à l’acte créateur, jusque dans ses aspects les plus secrets. En aval, elle a partie liée avec la réception du public, la valorisation de l’œuvre par l’histoire et la constitution d’un « marché de l’art ». À l’époque moderne et contemporaine, la notion de « génie » perd ainsi, progressivement, de son aura, en passant sous le scalpel du regard critique. Originalité, exception, transcendance : les attributs du « génie » artistique révèlent, semble-t-il, toute leur facticité. Les enjeux psychologiques, sociologiques et économiques de l’admiration, dont l’artiste fait l’objet, sont mis à nu. Faut-il pour autant renoncer à l’usage du terme de « génie » ? Faut-il lui préférer l’idée d’une infatigable volonté, ou bien celle d’une « créativité » latente en tout un chacun ? L’approche moderne, loin d’opposer « fureur divine » et « travail humain », voit dans le « génie » artistique le fruit d’une ascèse, fondée non seulement sur l’imagination et le dépassement de soi, mais plus encore sur l’union de l’art et de la vie.

Volume horaire CM : 24
Volume horaire TD : 24
Crédits ECTS : 4
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