Philosophie générale 3

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Composante :UFR Humanités

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En bref

Période : Semestre 3

Code matière : LEP3Y2

Description

Pourquoi punir ?

Organisation du cours

Une séance de CM de deux heures par semaine, assurée par Jauffrey Berthier, une séance de TD de deux heures par semaine assurée par Sandra Mevrel.

Présentation du cours

« Pour ce qui est de l’autre élément du châtiment, l’élément fluctuant, son « sens », dans un état de civilisation très tardif (celui de l’Europe contemporaine par exemple), le concept de « châtiment » n’a plus un sens unique, mais est une synthèse de « sens » : tout le passé historique du châtiment, l’histoire de son utilisation à des fins diverses, se cristallise finalement en une somme d’unité difficile à résoudre, difficile à analyser, et, appuyons sur ce point, absolument impossible à définir. (Il est impossible de dire aujourd’hui précisément pourquoi l’on punit en somme […]) » (Fr. Nietzsche, Généalogie de la morale, II, § 13)

Il est frappant de remarquer aujourd’hui malgré un apparent consensus autour de la légitimité du châtiment par la force publique, l’existence de vifs débats sur la question pénale. Que l’on évoque la demande sécuritaire apparemment croissante (notamment dans le cadre de sociétés confrontées au risque terroriste), la volonté de donner une place plus importante aux victimes, la défense des droits des condamnés voire des personnes mises en examen, la définition et les limites de la responsabilité pénale ou encore les polémiques autour des alternatives pénales et de la place centrale du modèle pénitentiaire, ces discussions parfois vives témoignent peut-être d’une forme d’impensé de ce qui constitue à nos yeux la légitimité du châtiment. Impensé qui permet peut-être l’impression rassurante mais trompeuse d’un consensus, mais qui rend difficile de poursuivre jusqu’au bout ses débats. Car comme l’affirmait justement Ricoeur, si le fait que le crime implique un châtiment semble évident, il est difficile de saisir exactement ce qui lie ainsi ces deux éléments. Ce lien n’est pas de l’ordre naturel d’une causalité nécessaire. Le châtiment n’est pas l’effet du crime. Il semble au contraire que le châtiment se présente au premier regard comme l’envers du crime, comme sa négation, comme le remède est celle de la maladie.

 Mais si le crime est une réponse ou un remède, est-il possible de le considérer comme capable d’effacer le crime ? Le mal infligé au criminel efface-t-il totalement celui de la victime, est-ce même sa fonction ? Peut-il se mesurer simplement à l’évaluation subjective du dommage subi par la victime elle-même ? Si non, sur quoi fonder cette mesure de la peine et sur quel autre fondement l’assoir ?  En outre si le châtiment ne parvenait pas à effacer ce premier mal perdrait-il toute raison d’être ? Plus radicalement, le fait de justifier le châtiment sur le seul fondement de la souffrance ressentie par la victime ne risque-t-elle pas de rendre difficilement justifiable le monopole étatique sur le châtiment ? Cela ne suppose-t-il pas de réduire le châtiment à l’ordre de la pure vengeance vis-à-vis duquel il entend pourtant la plupart du temps se distinguer ?

Ne faut-il pas au contraire définir le châtiment comme un acte proprement politique visant l’intérêt public et non celui de la seule victime, dissuasion exemplaire ou manière de refonder la confiance dans la force protectrice de l’Etat, rendue incertaine par l’existence du crime lui-même ? Mais en orientant le châtiment uniquement vers le bien futur de la communauté qu’il entend produire n’est-ce pas alors purement et simplement ignorer le passé du crime qui semble bien justifier le châtiment, et ne plus réserver de place à la victime directe du crime ? N’est-ce pas oublier qu’en tant que réponse à un mal passé particulier, le châtiment doit aussi être tourné vers le passé et vers la victime ? Or n’est-ce pas précisément l’existence de cette violence passée qui légitime apparemment et autorise l’exercice de la violence par la force publique en dehors de l’utilité d’un tel exercice ? Comment par exemple alors distinguer l’emprisonnement purement préventif de ceux qui sont jugés susceptibles de commettre un crime et celui de ceux qui ont jugés coupables de l’avoir effectivement commis ?

Toutes ces questions fondamentales et les différentes réponses inconsciemment apportées constituent sûrement l’horizon des débats actuels apparemment circonscrits et internes au consensus général sur la légitimité de la peine. Il ne s’agit pas dans le cours de ce semestre de trancher ces débats mais de poser une question simple, « pourquoi punir ? », et de réinterroger le fondement du châtiment.

 

Volume horaire CM : 24
Volume horaire TD : 24

Contrôle des connaissances

Modalités de contrôle de connaissance

Contrôle continu : une dissertation à rendre fin octobre, un commentaire de texte en deux heures (deuxième quinzaine du mois de novembre) et un contrôle de connaissances (questions sur cours et bibliographie) au début du mois de décembre.

Contrôle terminal : une dissertation en quatre heures

 

Diplômes intégrant cette UE :